Que le temps passe vite ! Cette année (2026), je célèbre mes 20 ans d’expérience dans le champ de la communication. Mon parcours, qui a débuté par un stage (2006) au bureau régional du WWF en Afrique de l’Ouest et m’a menée à une carrière de consultante internationale, a été une longue et enrichissante expérience. J’ai vécu l’émergence des réseaux sociaux ; je suis témoin du bouleversement qu’entraîne l’intelligence artificielle dans nos manières de faire et de penser la communication.
J’ai navigué dans des eaux parfois calmes, souvent agitées, au sein de deux domaines particulièrement sensibles et vitaux : le développement durable et la santé publique. J’y ai côtoyé une myriade de leaders, des plus charismatiques aux plus discrets, des plus conventionnels aux franchement atypiques.
De ces 20 années de pratique, de réussites et d’erreurs, j’ai tiré cinq leçons fondamentales qui structurent aujourd’hui non seulement mon approche professionnelle, mais aussi mon éthique personnelle.
Leçon 1 : Le Leadership, c’est la clé (mais pas celle que vous croyez)

Dans l’imaginaire collectif, le leader est souvent cet orateur hors pair, celui qui harangue les foules et dont la seule présence magnétise une pièce. S’il est vrai que le charisme facilite les choses, j’ai appris que l’essence du vrai leadership, particulièrement dans les secteurs à impact, est bien plus profonde et moins spectaculaire.
Le leader est un architecte de sens : beaucoup de leaders ne considèrent pas la communication comme un levier stratégique. Malheureusement, on ne confère à notre domaine d’expertise qu’une dimension opérationnelle et de support. Cela se voit d’emblée dans l’organigramme : l’absence d’un département communication signifie très souvent qu’il n’existe pas de budget dédié aux activités de communication, ce qui est bien commode car certaines interventions sont financées par les projets, laissant pour compte de facto la communication institutionnelle à son propre sort. Souvent, certaines organisations se rattrapent sur leur plan stratégique quand il y en a ; mais là encore, très peu de moyens, voire pas du tout, lui sont attribués. Je ne vous parle même pas des stratégies ou des plans de communication qui sont souvent bâclés. Cette incompréhension de la communication à l’ère du digital laisse penser que notre travail se résume à prendre des photos, à poster du contenu sur les réseaux sociaux, alors que cela est également calculé et se fait de façon stratégique. Aussi, le domaine et les métiers de la communication sont vastes et correspondent souvent à des compétences clés. Cela me fait penser que, très souvent, quand mes ami.e.s me demandent des conseils en communication, je dois leur expliquer que mon domaine d’expertise est le développement durable, même si à l’école j’ai appris à rédiger des communiqués de presse ou à faire de la publicité. Pour ce que ça vaut, cette confusion en Afrique est due au fait que la communication sous nos cieux est un fourre-tout où le responsable communication un couteau suisse, alors que pour certaines organisations qui sont des démembrements d’ONGI, il existe au siège un département communication avec des sous composantes comme digital, relations presse, etc. avec des ressources humaines qui y sont affectées.
Cette mésestime de la communication se manifeste aussi dans l’institutionnalisation de la réunion interne ou programmatique. Cette évidence qui ne l’est pas pour tous les leaders, permet de se mettre à jour sur les activités des uns et des autres, contribue à améliorer la communication interne, permet de décloisonner les départements. Seulement, ce moment important dans la vie de certaines organisations est très souvent ignoré ; soit par son inexistence, soit par l’absence / non-participation de certains chefs de département qui estiment qu’ils ont mieux à faire alors qu’il permet réellement de combler les gaps et peut servir de levier pour venir à bout des goulots d’étranglement. Cela permet d’éviter des situations cocasses, deux équipes se retrouvent sur le terrain au même endroit (pour des activités différentes) sans savoir (oui, c’est déjà arrivé) ou qu’une personne externe à votre organisation vous informe d’une activité en cours vous mettant dans l’embarras ; je suis sûre que les responsables communication qui me lisent savent de quoi je parle et sans qu’on ne s’en rende compte, porte atteinte à l’image et à la crédibilité d’une telle organisation.
Par extension, tenir une réunion entre la direction et le/la responsable communication pour discuter de la vision, des ambitions et des moyens est indispensable : cela donne le ton de ce qu’on attend de la communication et permet de savoir si elle dispose d’un environnement propice à son épanouissement et déploiement.
Pour finir, les informations sont très souvent et ce, malheureusement, prises en otage par les leaders qui pensent les responsables communication sont trop curieux.
Leçon 2 : reste droit dans tes bottes

La communication est ce domaine où tout le monde est expert, sauf vous, qui êtes allé.e à l’école pour ça. Le ton est souvent paternaliste et faussement ouvert à proposition ou à discussion, qui vous ordonne de faire ou de dire ci ou ça. C’est dans ces moments-là que la tentation de compromis douteux est la plus forte. Ma leçon est simple : restez droit dans vos bottes.
Cela ne signifie pas être rigide ou inflexible. Cela signifie avoir une boussole éthique claire et savoir dire « non » lorsque les principes fondamentaux sont menacés. J’ai dû, à plusieurs reprises, monter au créneau pour m’opposer à des messages ou à des démarches que je savais erronés, quitte à m’en laver les mains, même face à une hiérarchie pressée d’obtenir des résultats à court terme. Ces positions sont inconfortables ; elles peuvent vous coûter une promotion à court terme. Mais à long terme, elles sont le seul capital qui vaille : votre crédibilité.
Cela permet aussi d’éprouver les superviseurs et autres « n+ » en leur capacité de remise en question. Seulement, entre égo démesuré et la volonté de laisser son empreinte, certains vous imposeront leur désirata par un passage en force. Quand c’est nécessaire, sortez les crocs. Je me souviens avoir dit une fois à mon superviseur que je suis fatiguée de donner mon avis d’experte si c’est pour le voir mis en dessous du tapis ; qu’à l’avenir, il me dise ce qu’il veut que je fasse et je m’y attellerai. Devinez quoi, ça s’est amélioré après !
Rester droit dans ses bottes, c’est toujours donner son point de vue de professionnel quitte à essuyer un passage en force. C’est assumer les imperfections, communiquer sur les progrès plutôt que sur des perfections illusoires, et préférer la confiance à long terme à l’approbation immédiate. C’est le seul moyen de bâtir une réputation solide, capable de résister aux crises et à la défiance grandissante du public.
Leçon 3 : innove et trace ta route (l’audace de sortir des sentiers battus)

La communication n’est pas un art qui se pratique à coup de recettes éprouvées et de copier-coller. Les canaux évoluent, les attentes du public changent, et le bruit médiatique n’a jamais été aussi assourdissant. Dans ce contexte, innover n’est pas une option, c’est une condition de survie.
Mais innover ne signifie pas nécessairement adopter la dernière tendance TikTok ou le nouveau canevas Capcut à tout prix. Cela signifie tracer sa propre route et trouver une manière unique et authentique de porter un message. J’ai souvent constaté que les campagnes les plus impactantes étaient celles qui osaient une approche différente et décalée, parfois à contre-courant des « best practices » du moment.
L’innovation peut être « narrative ». Plutôt que de produire un énième rapport, j’ai proposé à une entreprise de créer un podcast suivant le parcours de ses ingénieurs en train de résoudre un problème environnemental. Les auditeurs n’écoutaient pas une success story lisse, mais un récit authentique, avec ses doutes, ses échecs et ses réussites. L’impact en termes d’image employeur et d’adhésion à la marque a été démultiplié.
L’innovation peut aussi être collaborative. Dans une campagne de santé publique sur les maladies chroniques, au lieu de diffuser des « messages descendants », il est possible de co-construire une campagne avec des patients et des associations. Leurs témoignages, leurs mots, leurs idées sont devenus le cœur du dispositif. Cette approche a permis de créer une campagne d’une justesse et d’une résonance bien supérieures à ce qu’un cabinet de communication seul aurait pu concevoir.
Tracer sa route demande du courage, car on sort de son confort des sentiers battus. Mais c’est la seule manière de ne pas être un énième bruit dans un paysage saturé, et de créer un impact durable.
Leçon 4 : sois humble et apprends

Quand on accumule de l’expérience, le piège est de croire que l’on sait ; que l’on a vu toutes les crises, toutes les situations c’est une dangereuse illusion. La communication est une discipline vivante, et ses publics, ses outils, ses enjeux se transforment en permanence. L’humilité est donc la qualité la plus précieuse pour ne pas être très vite dépassée.
Être humble, c’est d’abord reconnaître que l’on ne détient ni la vérité ni la connaissance absolues. Dans les domaines de la santé publique et du développement durable, j’ai appris que mes beaux messages bien ficelés n’étaient rien face aux réalités culturelles des populations. Il a fallu apprendre à écouter les anthropologues, les sociologues, les travailleurs sociaux et même les populations. Ils m’ont enseigné que pour faire passer un message, il faut d’abord comprendre le système de valeurs de celui qui le reçoit.
Être humble en communication c’est aussi accepter de se mettre à jour et de se former. La communication a beaucoup évolué depuis mes débuts dans le domaine en 2006. Nous sommes passés du tout rustique au tout numérique, et aujourd’hui, en 2026, l’intelligence artificielle rebat les cartes en nous poussant à sortir du confort de nos certitudes. J’ai dû apprendre sur le tas, me mettre en danger, sortir des sentiers battus, accepter d’apprendre et de demander quand on ne connaît pas ou ne comprend pas.
Être humble, c’est aussi accepter l’échec et en tirer des leçons. J’ai lancé des campagnes qui n’ont pas fonctionné. Au lieu de les enterrer et d’avancer, nous les avons autopsiées. Pourquoi ce ton n’a-t-il pas marché ? Pourquoi ce canal était-il inadéquat ? Ces analyses, souvent douloureuses, ont été mes plus grands catalyseurs de croissance professionnelle.
Cette culture de l’apprentissage continu est au cœur des organisations les plus agiles, robustes et efficientes. Elle s’apparente au concept de « mindset de croissance » (growth mindset) développé par la psychologue Carol S. Dweck. Les individus qui possèdent un « mindset de croissance » croient que leurs capacités peuvent être développées par l’effort et l’apprentissage. Ils voient les défis et les échecs non comme des preuves d’incompétence, mais comme des opportunités d’apprendre et de grandir.
Aujourd’hui, je consacre du temps chaque semaine à lire des études, à explorer de nouvelles plateformes, à échanger avec des professionnels de générations et de secteurs différents. Mon expertise n’est pas un château fort à défendre, mais un jardin à entretenir et à faire grandir. « Plus j’apprends, plus je me rends compte de mon ignorance. » C’est ce que disait Albert Einstein et donc, j’apprends
Leçon 5 : quoi qu’il arrive, fais ta part

Face à l’ampleur des défis ; qu’il s’agisse des inégalités d’accès aux soins, ou encore face à une communication en constante évolution, il est facile de se sentir impuissant. On peut se dire qu’à notre petite échelle, nos actions ne changeront rien.
La cinquième et dernière leçon que j’ai apprise est un antidote à cette paralysie : « Fais ta part ». Cette phrase qui rappelle la légende du colibri popularisée par Pierre Rabhi, est devenue mon mantra. Si vous ne la connaissez pas, en voici la substance : alors que la forêt brûle, tous les animaux, terrifiés, regardent l’incendie impuissants. Seul le petit colibri s’active, allant chercher quelques gouttes d’eau dans son bec pour les jeter sur le feu. Le tatou, agacé, lui dit : « Tu n’es pas fou ? Ce n’est pas avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ! ». Et le colibri de répondre : « Je le sais, mais je fais ma part ».
Cette philosophie est profondément opérante en communication. Vous ne changerez pas à vous seul la culture d’une multinationale, vous n’éradiquerez pas une épidémie avec une seule campagne. Mais vous pouvez être irréprochable quant à l’éthique de votre propre travail. Vous pouvez pousser pour plus de transparence dans le prochain rapport. Vous pouvez choisir de mettre en lumière une initiative porteuse de sens, même modeste. Vous pouvez, dans votre sphère d’influence, faire preuve de bienveillance et d’écoute.
Chaque action cohérente, aussi petite soit-elle, contribue à un changement plus large. Elle inspire les collègues à côté, elle envoie un signal à la hiérarchie, elle construit, goutte après goutte, une culture de la responsabilité et du sens. C’est en faisant notre part, avec constance et conviction, que nous participons collectivement à la transformation des organisations et de la société.
Conclusion : un métier d’humain, pour des enjeux humains
La communication, loin d’être une simple technique de diffusion de messages, est une discipline éminemment humaine et stratégique. Elle ne se résume pas à des outils ou à des canaux, mais repose sur des piliers intangibles : le courage d’un leadership authentique, l’intégrité d’une boussole éthique, la créativité pour tracer sa route, l’humilité de l’apprentissage perpétuel et la persévérance à « faire sa part ».
Ces leçons, forgées dans l’action et le doute, sont le fil rouge qui guide mon parcours. Elles me rappellent que dans un monde de plus en plus complexe et bruyant, la communication la plus puissante est celle qui allie la justesse de l’intention à la force de la conviction. Et que, finalement, le plus beau métier du monde reste celui de créer du lien, de la confiance et du sens, une goutte d’eau après l’autre.
Merci pour le partage, article très intéressant
Intéressante article d’une brillante et bienveillante personne! J’aime… ❤️💪
Résumer 20 ans de carrières en 5 leçons est un exercice difficile & complexe. Mais au final, le lecteur (moi en premier) qui le lit peut s’identifier aisément qu’il soit « formé » ou pas (comme moi). Je me suis retrouvé dans chaque ligne & c’est peut-être ça la vraie expérience. Arriver à communiquer son expérience & qu’elle résonne en chacun comme si l’auteur connaissait chacun de ses lecteurs intimement. Ça démontre aussi un parcours riche, une trajectoire de carrière durant laquelle l’auteur est passée par TOUTES les étapes.
Merci pour ses leçons du cœur, Armelle.
Merci … magnifique !!